Amicalement vôtre : biographie subjective où le « je » s’impose

  • 1928, 19 mai : naissance à Neufchâteau, sous la neige, de mon père Jean-Marie Dufays, futur directeur de banque. Il est le fils de Rodolphe, juge de paix, et le petit-fils de Ferdinand, industriel. Des bourgeois fauchés. 12 septembre : naissance à Namur de ma mère Marie-Jeanne Falmagne, future artiste. Elle est la fille d’André, avocat, et la petite-fille de Gustave, gynécologue.  Egalement des rupins bientôt désargentés.
  • 1939 : décès de mon grand-père paternel et de Sigmund Freud. Déclenchement de la seconde guerre mondiale. Il est minuit dans le siècle.
  • 1957, 29 mars : date supposée de la visite de l’archange Gabriel chez ma mère, suivie de l’Annonciation. Division rapide de cellules et début d’une vie aquatique. 29 décembre : à la frontière de la latinité naît le divin enfant prénommé Jean-Michel. Très chevelu, ce petit primate. Mon père tient une chronique de mes premiers faits et gestes. Signature des Traités de Rome, première fusée dans l’espace et fabrication de la première bombe thermo-nucléaire. Naître avec la mort, tout un symbole. Et surtout vivre dans l’ignorance du danger.
  • 1958, 1er janvier : sonnent les cloches ! Un prêtre me douche et je suis baptisé, vite fait bien fait, dans le rite catholique, ce qui n’empêchera pas l’impétrant que je suis de devenir mécréant. 9 février : les géants qui m’observent ont une tête sympa : je leur souris. 15 juin : un premier os sort de ma gencive. Pour mordre dans la vie, il faut avoir souffert dans sa chair. 8 août : j’acquiers la station debout, je libère mes mains et je vois plus loin. Bien que limité au salon, un nouvel horizon s’ouvre à moi. 5 novembre : je parle dans l’attente de causer. Trop jeune pour entrer au barreau ou subjuguer les foules. 14 décembre : je marche sur terre. Sur l’eau et dans les airs, il faudra attendre mais quelle ivresse que la liberté de se mouvoir, la faculté la plus précieuse entre toutes après, bien sûr, la pensée. Je m’en souviendrai lorsque plus tard je serai bouclé au mitard pour activisme. Exposition universelle à Bruxelles
  • 1959 : mon père part à Londres pour plusieurs mois. Je reste seul avec ma mère qui attend mon futur frère ; logiquement, je me mets à boiter comme Œdipe. Lors de promenades quotidiennes, une cousine de mon père m’abandonne systématiquement quelques instants car elle me trouve « si mignon » quand je pleure. Elle me révélera son « jeu » un demi-siècle plus tard. Sans commentaire. Quelle incidence sur mon combat ultérieur pour défendre les petits et les sans-grades ? Signature du Pacte scolaire.
  • 1960, 15 avril : aux coups de canon, naissance de mon frère Alain, futur courtier en assurances, le même jour que Philippe de Belgique, futur monarque. Des insomnies en perspective. Peut-être la raison obscure de mon adhésion, beaucoup plus tard, au Cercle Républicain. 30 juin : libération relative du peuple congolais opprimé depuis Léopold II.
  • 1961 : élève à l’Ecole Sainte-Jeanne d’Arc (Ixelles). Sieste obligatoire l’après-midi : la barbe. J’entends des voix. En vacances à Coxyde, je me perds dans les dunes mais je retrouve seul le bon chemin. Pendant ce temps, ma courageuse mère rampe à l’intérieur d’un bunker du Mur de l’Atlantique pour tenter de me retrouver. Elle me parle souvent à cette époque de Christian, mon frère aîné, décédé le jour de sa naissance. J’imagine être son double ressuscité. Pendant les orages, ma grand-mère paternelle m’explique que Saint Pierre joue à la balle avec le petit Jésus. Un récit mythique qui anticipe ou suscite efficacement mon futur intérêt pour la cosmologie. Elévation du Mur de Berlin que je verrai avant sa destruction.
  • 1962 : élève à l’Ecole Saint-Jean de Passy (Paris). J’y apprends à lire et à écrire. 24 décembre : ma première lettre au Père Noël atteste mon désir de recevoir un camion. Je prends l’accent parisien et vois, avec mon copain Jérôme, mon premier film qui nous terrorise (Blanche-Neige). Ouverture du concile Vatican II.
  • 1963 : élève à l’Ecole communale du Centre (Woluwe-Saint-Pierre). On y élève des cochons d’Inde et on y imprime un journal dès la première primaire. Chouettes expériences qui me serviront dans la vie. Première représentation théâtrale où je joue le rôle d’un boulanger. Un rêve prémonitoire. Sur les barricades, l’épée à la main, je reçois une balle en plein coeur qui rougit ma chemise. Je me retourne. Il n’y a personne pour me suivre.
  • 1964 : première responsabilité. Je reçois, pour mes résultats scolaires, Nic Nac, ma première chatte. Ma première communion passée, j’hésite à choisir, comme futur métier, la sainteté (sic) ou l’architecture. A trente-deux ans, j’opterai pour la seconde voie (la seule humainement possible) et, chaque semaine, je me rendrai au Temple, outils en main, pour l’achever. Début des bombardements américains sur le Vietnam du Nord. Première rédaction imprimée sur « Un écureuil dans le bois ». Lecture de mon premier livre : « Un festin de lion » qui annonce l’avenir.
  • 1965 : mes parents acquièrent une « maison de campagne » à Biez dans le Brabant wallon. J’y passerai l’essentiel des vacances de mon enfance, de mon adolescence et de ma jeunesse. Suite à une fuite de gaz, cette maison explosera en 2012. Des souvenirs partis en fumée.
  • 1966 : transfert de la quête des origines : je mémorise la généalogie des rois de France de Clovis à Louis-Philippe. En plein roman familial, je crois avoir été adopté par mes parents et posséder un double en Chine (au bord de la schizophrénie ?). Judoka dans un club sportif (ceinture jaune). Insolation dans une cour de récréation. Aphasique pour quelques heures. Le silence ne fait jamais de tort. En pleine nuit, pendant mon sommeil, mon frère met le feu à mon lit. De l’éternel actualité du mythe de Caïn et Abel. Je devrai attendre mes vingt-et-un ans pour oser me servir d’une allumette.
  • 1967 : élève à l’Institut Saint-Stanislas (Etterbeek), peuplé d’aristocrates arrogants. Un psychopathe surnommé « l’autruche » y enseigne. Heureusement, j’y rencontre mon plus vieil ami, Luc Dave, depuis pharmacien. Jusqu’à dix-sept ans, les filles appartiennent, à nos yeux, à un monde inconnu, inquiétant et… désirable. Louveteau dans une meute brabançonne. Bientôt second puis sizainier. L’endoctrinement catholique se poursuit.
  • 1968 : ignorant les événements de mai à Paris, je prie régulièrement dans une chapelle pour être premier de classe (à quoi mène le formatage familial…). Premier exposé devant une classe sur les ancêtres de l’homme.
  • 1969,  18 mai : mystique, je suis confirmé dans la foi catholique. 21 juillet : premier homme sur la lune. Décès de mon grand-père maternel. Première rencontre avec la mort qui habite tout historien. Passion pour la mythologie et la littérature grecque ancienne. Mise en place d’une religion de substitution ? Je passe mes vacances de Noël à composer un lexique des préfixes issus du grec.
  • 1970 : arrivée de Rroiou, ma seconde chatte. Très affectueuse. Sans doute mon seul vrai bonheur pendant cinq ans où je suis une option qui contrarie mes goûts littéraires.
  • 1971 : mes parents prédisent que je serai moine ou révolutionnaire. Pour l’heure, je deviens athée. Passion pour les civilisations orientales et africaines.
  • 1972 : début d’une maladie incurable qui m’a aidé à (sur)vivre (bibliophagite chronique). Lecture de biographies et de romans.
  • 1973 : décès de Madeleine Vanden Abeele, ma grand-mère maternelle. Découverte du socialisme réel lors d’un voyage en Roumanie. Naïvement, j’écoute attentivement la propagande des guides et je suis impressionné par les réalisations du régime qu’on me décrit : une lettre à mes parents en atteste. En ignorant que je respire l’air de ce qui deviendra, à part l’Albanie, la pire des dictatures staliniennes. Peut-être le levier de mon intérêt pour la critique historique que j’enseigne aujourd’hui. 11 septembre : assassinat de S. Allende et instauration de la dictature au Chili avec l’aide de la CIA.
  • 1974 : notre professeur d’histoire, Marc De Leeuw, nous fait lire Karl Marx et surtout Raymond Aron : son « Introduction » est très ardue pour des élèves de seize ans. Ces auteurs, ainsi que Hegel, éveilleront ma passion pour la philosophie de l’histoire qui deviendra mon champ d’étude professionnel. A quoi tient une vocation. Et comment oser sous-estimer le rôle de nos maîtres ?
  • 1975 : étudiant à l’université. Enfin ma passion : l’histoire. Premier amour et début d’une période d’extrême turbulence. Le « Werther » de Goethe, que je lis alors, me paraît très fade au regard de mes sentiments. Mon hypermnésie temporairement disparue, cache vraisemblablement un évènement traumatisant refoulé de ma petite enfance.
  • 1976 : début d’une psychanalyse longue et passionnante. Je chausse de nouvelles lunettes pour comprendre des relations humaines souvent inhumaines. J’apprends l’allemand à l’Institut Goethe avec l’espoir secret (et surtout prétentieux) de pouvoir lire un jour Marx, Freud, voire Heidegger dans le texte. Sans me rendre compte que la vie est courte et qu’il faut dormir la nuit. Mort de Mao Zedong.
  • 1977 : à Moscou, je suis suspecté et fouillé par la police ; les conversations libres avec mon amie russe ne sont possibles que dans la rue. Orwell en live. Portant un bermuda, je suis la risée des Moscovites sur la Place Rouge.
  • 1978 : début d’une relation filiale avec mes deux maîtres et amis Maurice-Aurélien Arnould et Roland Crahay, deux grands savants au grand coeur. Le dernier affirmera que j’appartiens à la pire des races, celle des optimistes déçus. Vice-président du Cercle d’histoire de l’université. L’occasion d’organiser en équipe des voyages, des conférences et de grandes bouffes. Formatif et très sympa.
  • 1980 : premier diplôme universitaire.
  • 1981 : passionné par la Renaissance et l’Humanisme, j’apprends l’italien dans un institut florentin. Un rêve éveillé : les après-midis au musée, à la Biblioteca Nazionale et dans les librairies ; les soirées au concert. Retour à la case départ : premier poste à Paris pour quatre ans comme chercheur (enfin des sous). Longues journées à la Bibliothèque Nationale. Premières conférences et publications scientifiques. J’habite dans le XIème arrondissement.
  • 1982 : passion pour la poésie. Début d’une relation de quatre ans avec Nelia Dias, anthropologue portugaise d’origine indienne et actuellement professeur d’université. A Paris, je rencontre de grands esprits de la République des Lettres : E. Labrousse, A. Momigliano, E. Le Roy Ladurie, J. Le Goff, B. Guenée, A. Soboul, M. Ozouf, Y.-M. Bercé, J. Bérenger, G. Rodis-Lewis, J. Mesnard, R. Zuber, O. Ranum, M. de Certeau, J.-L. Flandrin, Ch.-O. Carbonell, G. Valera, L. Boia, F. Schmidt, M. Yardeni, F. Laplanche, J. Glénisson, Zhang Zhilian, F. Hérail, M. Mannoni, R. Gentis, J. Postel et E. Roudinesco. Plus tard je ferai aussi la connaissance de P. Goubert, de M. Fumaroli et de M. Zink. Un feu d’artifice de la pensée. Mais c’est bien sûr avec des collègues, souvent plus jeunes, que j’établirai des liens durables : A. Gérard, M. Donzelli, N. Dias, C. Beaune, A. de Marnhac, G. Krumreich, Kovacs I., Ring E., F. Waquet, Ch. Grell, Ch. Jacob, R. Whealan, Ch. Amalvi, F. Fossier, S. Saul, J. Simpson ou encore J. El Gammal. Trente ans plus tard, certains sont restés des amis.
  • 1983 : les week-ends, randonnées à vélo avec des amies pour visiter les châteaux de la province française. Séances de natation plusieurs soirées par semaine.
  • 1985 : premier emploi à Bruxelles dans l’enseignement supérieur. Je m’affilie au syndicat socialiste. Chômage partiel et approfondissement du mode de vie monacal. Publication d’un poème dans « Le bucentaure ». Décès de Fernand Braudel, le « pape » des historiens.
  • 1986 : début de ma passion pour l’opéra. Premier contact avec des adolescents en décrochage scolaire. Enfin plongé dans la réalité sociale. Décoiffant pour une initiation concrète à la pédagogie.
  • 1987 : découverte de la littérature latino-américaine si créative. Je termine la rédaction d’une thèse doctorale à cheval sur la littérature, la philosophie et l’histoire. Elle ne sera jamais présentée et, tel le spectre du père d’Hamlet, hante parfois mes jours.
  • 1988 : première fonction politique. La cage aux fauves pour quelques années. Instructif sur le plan zoologique.
  • 1989 : organisation avec Chantal Grell d’un colloque à la Sorbonne. Retrouvailles avec de vieilles connaissances. 9 novembre :  brèche dans le Mur. Je suis réveillé au cri de « Freiheit ! », le plus beau cri qui se puisse entendre. Acquisition d’un premier appartement.
  • 1990 : immersion pour huit ans dans la pédagogie active du docteur Decroly. Une révolution copernicienne en matière de vision et de pratique de l’enseignement. Tintin au pays des soviets. Suite à la prise de position officielle de Baudouin contre l’IVG, je réclame l’abdication royale. Bien entendu, le président du parti dont je suis alors membre donne l’ordre de ne pas bouger. L’oligarchie ronronne.
  • 1991 : acquisition d’une première voiture d’occasion vite inutilisable. Premiers cours à des élèves « issus de l’immigration » de mon quartier. Le soleil de la Méditerranée dans les brumes du plat pays. J’organiserai pour eux des rencontres étonnantes et détonantes avec des élèves des quartiers huppés, mais il y eut aussi des moments chauds en classe. 2 mars : initiation maçonnique. Je crois (r)entrer au paradis. 8 juin : mariage avec Elisabeta Marinescu, germaniste roumaine et actuellement éditrice. Je suis joyeux et grave tout à la fois. Une de mes élèves chante des madrigaux de la Renaissance et  de nombreux étudiants sont présents à l’Hôtel de Ville. Décès de Fernande Guillaume, artiste-peintre, ma grand-mère paternelle. Fin de l’URSS et de l’Apartheid en Afrique du Sud, une honte parmi d’autres encore existantes.
  • 1992 : nombreuses réunions, vouées à l’échec, avec des résistants du socialisme. Angoisse et fureur devant la toute puissance de l’appareil et la servitude volontaire des « militants ». Le totalitarisme serait-il inscrit en l’homme au même titre que la liberté ? Internet accessible au public. Incroyable mais vrai. Vingt ans plus tard, j’ai encore besoin d’un alter ego pour l’utiliser. Décès de Roland Crahay. La lumière s’éteint. Incinération au cimetière de Robermont. Je ne lirai que vingt ans plus tard « Les chétifs », chronique de sa captivité dans un Stalag.
  • 1993 : professeur de français dans une école d’horticulture. Dans ce gettho belgo-bruxellois d’un quartier populaire, les élèves, qui quelquefois rentrent en classe par le soupirail, ne pensent qu’à casser de l’Arabe à la sortie des cours. Dans ces conditions, comment les intéresser à Molière ? Présentation de ma première planche maçonnique. La linguistique au secours de la philosophie. Me voici maître. Curieux état pour un futur anarchiste. Dans l’âme (?), je resterai un apprenti et un compagnon. Trois personnes en une. Le mystère de la sainte trinité enfin résolu. 21 juin : le jour du solstice, naissance de notre fille Marie-Hélène. Alors que je lui donne son premier bain, cette petite et curieuse grenouille m’émeut beaucoup. Ayant toujours été douée pour l’écriture, elle est actuellement étudiante en journalisme à Bruxelles. Déménagement dans une maison de la rue de Parme à Saint-Gilles où j’habite encore. Premier mandat syndical. La cage aux fols pour quelques années. Instructif sur le plan psychiatrique.
  • 1994 : candidat pour le seconde fois aux élections communales. Il s’agit de redescendre sur terre ; je milite contre les écoles ghetto. Porte à porte et rencontres de citoyens dans les cafés. Score personnel qui surprend les pontes locaux. Mais le scrutin est annulé suite aux fraudes de l’extrême droite.
  • 1995 : intense activité syndicale qui redouble mon temps de travail. Prise de conscience de la force d’inertie sociale. Je me bats avec la force du désespoir contre le paternalisme. Double électrochoc au Rajasthan où se côtoient splendeur des palais princiers et misère de la population. Au risque de devenir fou, je dois changer rapidement de logiciel. Intérêt pour le sanskrit.
  • 1996 : tendre souvenir de Marie-Hélène. Renouvelant l’acte primordial, je vais régulièrement nager avec elle. Quatre mois de grève éprouvants. La ministre de l’enseignement utilise tous les moyens réglementaires et financiers pour casser le mouvement. Echec des professeurs. Trois mille emplois sont supprimés. En revanche, le gouvernement fédéral débloque des sommes colossales pour réformer la police. Un choix de société lourd de conséquences. J’enterre le socialisme institutionnel et je prends bientôt le maquis.
  • 1997 : atavisme ? Je suis désigné juge au tribunal maçonnique d’appel. Une fonction que je ne devrai heureusement pas exercer. Equitation le week-end. Signe d’embourgeoisement ?
  • 1998, 11 septembre : naissance de Laurence, notre seconde fille, actuellement lycéenne à Lisbonne. Une nouvelle princesse dans la maison, bientôt douée pour les arts.
  • 2000 : cofondateur d’une loge maçonnique. Très éprouvant sur le point émotionnel mais le jeu en valait la chandelle. Imagination et humour au programme.
  • 2001 : cassé psychiquement, je présente sans enthousiasme devant une assemblée de parlementaires ma vision de l’enseignement de l’histoire. A mon grand étonnement, Antoinette Spaak me félicite pour les perspectives nouvelles qu’ouvre mon propos. Décès de Maurice-Aurélien Arnould. Divorce. Le drame d’une triple séparation. Mes enfants partent vivre à Turin. C’est pour elles et grâce à elles que je survivrai.
  • 2002 : communication au Collège de France. Beaucoup plus d’inquiétude que de fierté.
  • 2004 : je remonte la pente et passerai dorénavant de belles vacances avec mes filles.
  • 2006 : militant des droits humains. Des grévistes de la faim qui espéraient un titre de séjour, sont battus et menacés de mort en arabe par la police. Ils sont embarqués en ambulance pour cause de tuberculose (un mensonge) et je suis mis en taule pour quelques heures. Comme perturbateur de l’ordre public ? Plutôt comme « menace » contre l’ordre social et politique. Nous faisons la une des journaux télévisés du soir. Ma carapace durcit comme celle de Mirette, la tortue de ma petite enfance.
  • 2007 : procès contre l’Etat : je défends ma dignité. L’imposture et la magouille triomphent, la réaction l’emporte. Justice de classe ? Suite à une bronchite aiguë, plusieurs de mes côtes se brisent. Cloué au lit, je laisse pousser ma barbe et ressemble bientôt à Robinson. Souvenirs contrastés. Concert enchanteur de bossa nova au café Vinicius de Moraes et misère dans les favelas (Rio). Discussion enthousiaste sur Emma Goldman avec des maoïstes en plein meeting dans la 125ème rue de Manhattan (Harlem). Inimaginable dans le centre de Bruxelles.
  • 2008 : première émission radiophonique hebdomadaire (il y en aura 194). Rencontres intéressantes et variées avec des écrivains et des militants qui donnent du sens à leur vie. Rencontre de groupes libertaires à Bruxelles et à Paris. Une nouvelle fraternité. Début de la deuxième crise économique et sociale que j’aurai connue… en attendant la troisième dans mes vieux jours.
  • 2009 : cofondateur d’un syndicat anarchiste. Solitude relative mais salutaire. Début des ateliers théâtraux avec mes étudiants, soit la création et la vie à l’école.
  • 2010 : j’écoute pendant six mois l’intégrale de « La recherche » de Proust. Un régal. Goûter au verbe sur le chemin du travail. Mais attention aux accidents de voiture.
  • 2011 : Marie-Hélène obtient son bac à Bucarest et entre à l’université. Je suis aux anges mais rapidement inquiet face aux débordements de la jeunesse. Je vieillis et dans le fond, malgré mes oripeaux révolutionnaires, je suis un conservateur. Printemps arabe.
  • 2012 : j’apprends le chinois et je réapprends donc à écrire. Une nouvelle aventure commence. J’espère un jour lire dans le texte la poésie Tang (voilà que ça me reprend, sans doute mon problème bipolaire). Cauchemars nocturnes. Présence régulière à la Cinematek.
  • 2013 : le chat noir veille. Mais que peut un vieux matou, sinon miauler, face aux chacals qui peuplent la savane ?

Voyages :

  • En Europe : France, Suisse, Royaume-Uni, Roumanie, Italie, Pays-Bas, Allemagne, Russie, Lettonie, Hongrie, Portugal, Grèce, Bulgarie, Croatie, Bosnie, Espagne, Tchéquie, Pologne, Autriche, Danemark, Suède, Norvège et Irlande.
  • Hors d’Europe : Turquie, Tunisie, Maroc, Thaïlande, Inde, Chine, Mexique, Indonésie, Brésil, Etats-Unis et Egypte.