« Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté » [1]

Quelles sont les motivations avancées par le collège de direction de la Haute Ecole Spaak de Bruxelles pour justifier la promotion de ses membres aux fonctions de chefs de travaux au début de leur éventuel second mandat ?

Premièrement « la charge de travail, le nombre d’heures de prestation et les responsabilités ». Deuxièmement : « l’investissement d’un directeur de catégorie vis-à-vis de la Haute Ecole ne s’arrête pas seulement à son mandat (il a souvent existé avant son élection) et on peut raisonnablement présumer qu’il continuera à s’investir pour sa Haute Ecole après la fin de son mandat ». Troisièmement : « ce que perçoit un directeur de catégorie consiste en une allocation ajoutée au traitement de base ; cette allocation lui est d’ailleurs retirée en cas de maladie de plus de neuf jours ouvrables ». Quatrièmement : « il est de plus en plus difficile de trouver des candidats à une fonction de direction, quelle que soit la Haute Ecole, au vu des conditions de travail et des conditions financières ; pour motiver les candidatures à ce genre de fonction, il convient de fixer des perspectives de carrière ». Cinquièmement, « dans le cas où un membre du personnel enseignant occupant une fonction de rang 1 est élu à une fonction de direction et y donne satisfaction, il serait bon de le promouvoir à une fonction de rang 2 plus en relation avec le traitement qu’il perçoit, afin de lui permettre d’acquérir de façon durable les avantages statutaires liés à cette fonction » [2].

Sans commentaire. Souvenons-nous : peu de temps après l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy faisait voter par une majorité à ses bottes le redoublement de son traitement sur la base d’un argumentaire inutile.

En lisant les attendus du collège de direction, on croirait entendre un lointain écho de la justification de la trifonctionnalité par Adalbéron de Laon au XIe siècle, cette idéologie qui a permis de légitimer les sociétés d’ordres jusqu’à la Révolution française.

Assez de violence de fait (réelle ou symbolique) contre les travailleurs. N’ayant aucun espoir d’une quelconque augmentation barémique, ils n’ont plus qu’à lever le pied. Que des puissants s’octroient des privilèges, quoi de plus habituel. En revanche, ce qui est plus inquiétant, c’est qu’aux côtés du collège de direction au grand complet [3] figuraient, lors du conseil d’administration du 29 octobre 2010, quatre syndicalistes [4]. Sur les treize membres présents, on compta deux abstentions contre onze votes positifs. Aucun refus donc. Peut-on encore parler, dans un tel contexte, d’organisations « représentatives » des travailleurs dignes de ce nom [5] ?

En haut lieu, on nous affirme que si l’on ne licencie pas nos camarades, la hot Ecole sera mise sous tutelle [6] : il faudrait donc être « raisonnable » et voter dans le « bon » sens au conseil d’administration de mars 2011 pour éviter la perte de « notre » autonomie. Ce raisonnement pervers ne relève-t-il pas du chantage ? Parallèlement, un directeur nous annonce qu’en toute hypothèse, au lendemain des élections, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ne choisira pas, parmi les nominés, celui des papabili qui refuserait les fusions avec d’autres établissements même s’il recueille le plus grand nombre de suffrages. Dans ces conditions, pourquoi encore participer à la farce électorale si les jeux sont déjà faits ? Les tauliers nous prendraient-ils pour des naïfs ? D’ailleurs – ne l’oublions quand même pas – le ministre lui-même n’a pas été choisi par le parlement mais a bien été désigné par le président de son parti. Quelle imposture qu’une telle démocratie [7] !

Face au progrès constant de la « démocrature », les travailleurs n’ont pas d’autre alternative que de boycotter le scrutin et de prendre en mains leur destin. Liberté et égalité. Ni dieu ni maître, pour l’autogestion.

J’ai dit, Compagnons.

Jean-Michel Dufays
Coordination des Travailleurs de l’Enseignement

9-mars-2011

[1] La vérité, chanson de Guy Béart.

[2] Procès verbal du conseil d’administration de la Haute Ecole Spaak du 29 octobre 2010, p. 11-13, point 7 : « Promotion des directeurs de la H. E. Spaak ». Accessible sur l’Intranet de l’établissement.

[3] F. Debast, D. Gilbert, J. Lebegge, Ph. Meeus, Y. Robaey et S. Vanden Borre.

[4] E. Boonen et M. Hamdani pour la Centrale Générale des Services Publics (CGSP), F. Lefevre et B. Stoffen pour la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC).

[5] Il est significatif que la représentante du personnel de maîtrise « demande à la C.G.S.P. de porter aussi une attention particulière aux ouvriers et à leur statut » (et donc de ne pas s’intéresser qu’aux professeurs). (P. V. du conseil d’administration du 29 octobre 2010, p. 2).

[6] Le 28 février dernier, le « plan social » de la Haute Ecole Spaak a été le sujet d’une émission très écoutée sur Radio Air Libre, en présence de plusieurs intervenants.

[7] Luciano Canfora, Critica della retorica democratica, Rome-Bari, Ed. Laterza, 2002 (trad. fr. L’imposture démocratique. Du procès de Socrate à l’élection de G. W. Bush, Paris, Ed. Flammarion, 2003) et Pierre Rosanvallon, La contre- démocratie. La politique à l’âge de la défiance, Paris, Ed. du Seuil, 2006 (coll. Points-essais).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s