Haute Ecole Paul-Henri Spaak : quand on confond le symptôme et la maladie

Après plusieurs arrêts de travail du personnel, le collège de direction de la Haute Ecole Spaak refuse toujours de rendre compte de sa « gouvernance » pendant les cinq dernières années devant l’assemblée des travailleurs.

Dans une lueur crépusculaire où les teintes rougeâtres du ciel annoncent la fin d’une époque mais aussi la révolution à venir, l’air devient électrique et la tension monte :

  • La direction n’a pas voulu assumer la responsabilité d’un accident corporel provoqué par des travaux dans l’établissement.
  • Un délégué syndical a été menacé de la saisie de ses biens par un huissier.
  • Le personnel attend dans l’angoisse la suppression des doubles emplois lorsque la fusion avec la Haute Ecole de Bruxelles sera achevée. Parallèlement, au lieu de bétonner immédiatement l’emploi, le conseil d’administration attend, quant à lui, on ne sait pour quelle raison, de proposer plusieurs de ses agents à la nomination. Pourquoi jouer avec les nerfs des travailleurs ? On sait que les tensions entre ceux qui se trompent d’ennemis, ont toujours eu pour conséquence – sinon comme fin – d’éviter la lutte des classes.
  • Des élections aux postes de directeurs et de président vont être organisées en mai prochain, quelques mois avant la fusion. Pour pérenniser ces postes une fois la fusion réalisée ? Il y a peu de chance que la même opération soit permise pour les « petits ».
  • Comme par hasard, c’est moins d’un an avant la fusion annoncée que l’on demande aux enseignants de repenser leurs grilles de cours. Ne les charge-t-on pas de mettre au point leur propre plan social ?
  • Les « cercles de qualité » organisés entre la direction et les étudiants ne vont-ils pas permettre, par la bande, de contrôler les travailleurs et installer un climat de stress et de délation ?
  • Les avis pédagogiques rédigés voici plus de six mois par les étudiants n’ont toujours pas été remis aux professeurs. N’autorisent-ils pas eux aussi la direction à surveiller la pratique de ses employés, en détournant ces mêmes avis de leur mission première ?
  • Pourquoi la Haute Ecole a-t-elle signé des accords de partenariat pour les stages des étudiants avec des écoles dont le projet pédagogique est défini par le haut clergé ?
  • Des commissions d’entretien destinées à l’embauche sont biaisées dès le départ, car des candidats brillants et expérimentés qui pourraient porter de l’ombre à leurs collègues potentiels sont impitoyablement éliminés. Ce sont trop souvent des candidats ternes, formatables, couleur de muraille, qui sont retenus.
  • Ceux que l’on appelle, à juste titre, les « partenaires » sociaux (et pourquoi pas « sexuels » ?) portent une lourde responsabilité dans la dégradation de l’emploi. On n’évoquera pas ici bien sûr les syndicats qui défendent la concorde des classes (CGSLB et CSC) mais il y a lieu de s’inquiéter des règlements de comptes entre les différentes factions du syndicat majoritaire (CGSP) qui s’intéresse si peu au sort des travailleurs. Ce même syndicat qui participe à la farce du pouvoir en désignant pour la troisième fois en moins de six mois ses représentants au conseil d’administration au lieu de s’opposer fermement à la cogestion qui vise à rendre caduque toute forme de lutte de classes : il renonce ainsi à son rôle de contrôle ouvrier qui est sa mission première.

Quand je vois nos étudiants insouciants dans les couloirs de mon département, je ne puis m’empêcher de penser aux cuisines de Versailles ou à l’orchestre du Titanic avant la catastrophe. Devons-nous pour autant être brûlés par le soleil noir de la désespérance ?

Depuis trois ans, les conflits se multiplient entre les professeurs, entre les secrétaires, entre les ouvriers, entre les techniciens et … entre ou avec les directeurs. Une école malade ? Ou Chicago dans les années 20 ?

Pour comprendre la situation présente, il serait trop simple d’en imputer uniquement la responsabilité à des caractères forts ou à un nouveau mode de gestion de la direction. D’un point de vue systémique, il faut d’abord en chercher les causes dans le passé refoulé (et parfois fascisant) d’institutions qui, un jour de 1996, ont fusionné une première fois. Mais surtout ces conflits sont autant de symptômes d’un système rongé depuis des lustres par un cancer pernicieux. Car l’école amplifie le mal qui sourd dans nos veines. Le Moloch capitaliste à la sauce « bolognaise », qui pousse à la compétition (c’est-à-dire à la guerre de tous contre tous), a faim de concentrations absurdes d’hommes qui doivent travailler de manière toujours plus « rationnelle », donc plus inhumaine (ce sont les fameuses « économies d’échelle ») et qui finissent, au nom de la rentabilité, par se suicider en nombre dans certaines entreprises.

Si nous luttons aujourd’hui contre le pouvoir, c’est pour travailler demain autrement. Sans domination, sans exploitation, sans aliénation. Le Léviathan est un modèle barbare, il broie tout.

Le calme avant la tempête. Demain, lorsqu’il sera formé, le gouvernement belge prendra des mesures drastiques en matière de finances publiques, de pensions, de salaires. Lorsque la nouvelle constitution du pays redéfinissant les compétences et les ressources des entités fédérées sera votée, la Communauté française licenciera massivement. On le sait. Voyez par ailleurs, ce qui se passe chez nos voisins. L’injustice sera alors patente (souvenons-nous des aides accordées aux banques et des cadeaux donnés aux entreprises). Les travailleurs descendront dans la rue. Massivement ? Oui, s’ils aspirent à la dignité d’hommes. Malheur alors aux corrompus, aux opportunistes, aux puissants, aux prédateurs. Sinon la chape de plomb retombera et le fascisme ordinaire, avec ses chefs arrogants et ses petits chefs minables continuera à polluer l’atmosphère.

Levons-nous, compagnons et camarades ! Il n’est jamais trop tard pour prendre en main son destin en s’appropriant son outil de travail et en gérant soi-même son école.

N’espérons rien d’en haut et agissons contre le système ici et maintenant. De durs combats nous attendent dans la prochaine décennie. Prêts à la bataille ?

Jean-Michel DUFAYS
Coordination des Travailleurs de l’Enseignement

28 novembre 2010

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