Quel combat menons-nous ?

Assemblée générale de la Régionale bruxelloise de. la CGSP-Enseignement. Avec un peu de retard, je pénètre dans la salle Van de Wiele de la rue du Congrès. Pour peu, je vivrais le même sentiment d’étrangeté qu’Usbek dans les Lettres persanes. Et pourtant je suis chez moi, camarade parmi mes camarades, dans cette assemblée que je fréquente depuis vingt ans et dont les décisions sont à l’origine de tant de combats que j’ai menés avec tous. La prophétie du pénultième secrétaire régional, comme celle de Jacques de Molay, va-t-elle se réaliser ? Un moment, j’ai craint qu’à la fin de la réunion, il y aurait, sur la scène, autant de morts que dans le dernier acte de Titus Andronicus. Triste tragédie shakespearienne tournant au grotesque. L’histoire ne serait-t-elle que bruit et fureur et ne signifiant rien ?

A chaque faction nouvelle supposée, des membres du Comité récrivent toute l’histoire de la législature comme celle d’une conspiration unique fomentée tantôt par le révisionnisme, tantôt par la soif du pouvoir. Leur esprit commun, et c’est un crime majeur pour une pensée qui ne parvient pas à concevoir que la volonté des militants puisse se diviser, est de souffler la zizanie.

Division entre les militants et leurs représentants au Comité. Division entre ces mêmes représentants, puisque toutes les factions se sont, en un temps, réclamées de la Rénovation face au Comité précèdent, accréditant l’idée monstrueuse qu’elle puisse dévorer ses propres enfants, alors qu’elle dévore seulement – c’est la réponse implicite de certains – des ennemis qui ont longtemps porté le masque. Division de l’homme avec lui-même enfin, car chaque individu abrite en soi, dès qu’il cède à la pitié, à la fatigue ou au désenchantement, un ennemi caché de la Rénovation. Le mécanisme de la purge est censé recréer ipso facto , une fois la faction éliminée, un peuple pur et unifié de militants, identique cette fois à son Comité : il est l’instrument de la régénération.

Certes il y a des différences de tempérament et surtout des différences idéologiques entre les militants, d’ailleurs davantage quant à la tactique que sur le fond des luttes. Depuis des lunes, ces différences sont bien connues et, souvent, on sait, à l’avance, la partition qui sera jouée par chacun lorsqu’il interviendra à la tribune. Il n’est de mystère pour quiconque que se rencontrent dans nos réunions des communistes réformateurs ou indépendants, des trotskistes, de marxistes-léninistes orthodoxes, des socialistes (il ne faudrait pas les oublier), des anarchistes, des écologistes, des opportunistes et … des agents du pouvoir. On peut supposer qu’il en sera toujours ainsi et c’est sans doute tant mieux. Toutefois les divisions paroxystiques que nous vivons paraissent comme autant de symptômes d’une maladie – oserais-je dire « structurelle » ? – qui nous affaiblit face à notre seul et vrai ennemi de classe.

Il serait donc temps de réfléchir sur ce constant retour (ou dé-foulement ?) du refoulé. Car l’affligeant spectacle, dont nous sommes les acteurs, participe -hélas- de cette atomisation de la classe « ouvrieuse » qui fait le jeu des puissants.

Bien sûr, les assemblées syndicales restent, dans notre société, parmi les derniers lieux du débat démocratique en nous mettant face –parfois violemment- à nos propres contradictions. Cependant nos conflits microcosmiques occultent souvent l’essentiel : les ravages du capitalisme, l’offensive, tous azimuts, de l’idéologie libérale, en particulier en France et en Belgique, avec l’installation de gouvernements de droite, et les moyens de contrainte et de surveillance utilisés par l’appareil étatique.

Les camarades de la base balancent entre la révolte, la détresse et l’indifférence. Longtemps j’ai hésité à faire part aux membres de ma section locale de ce que j’entendais aux dernières assemblées régionales, partagé que j’étais entre mon devoir de rendre compte de houleux débats et mon désir de préserver une image sans doute idéale du syndicat. Puis, ce 18 octobre, juste un mois après la cérémonie d’expiation, n’y tenant plus, j’ai présenté aux affiliés un exposé circonstancié des événements. J’espère qu’il n’y aura pas de départs d’autant qu’on nous oblige à nous partager entre quatre Régionales (Bruxelles, Namur, Charleroi et Mons).

Camarades, il est temps de nous ressaisir. Débattons tant et plus mais concentrons ensuite notre énergie contre le formatage démobilisateur des citoyens par les médias, contre l’instrumentalisation du partenariat social par les patrons, contre la privatisation rampante de l’enseignement, et, bien sûr, dans nos luttes de toujours. Ne tombons pas dans le fatalisme ambiant et rappelons-nous l’aphorisme du Taciturne : « Il ne sert à rien d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». Ou encore le mot de K. Liebknecht : « Il y a des défaites qui sont des victoires et des victoires plus honteuses que des défaites ». Battons-nous, d’abord mais vigoureusement, pour l’émancipation du genre humain.

J’ai dit, camarades.

Jean-Michel DUFAYS
Délégué CGSP-Enseignement
Département pédagogique de la Haute Ecole Paul-Henri Spaak.

INFORMATION :

Malgré un abondant courrier envoyé par notre délégué depuis près de six ans, le directeur président refuse de répondre aux lettres du Cde Jean-Michel DUFAYS. Au moment de mettre sous presse, une pétition circule donc à Nivelles : « Par la présente pétition, les membres du personnel du Département pédagogique demandent que M. DUFAYS, délégué syndical, soit reconnu comme interlocuteur syndical par les autorités HE Paul-Henri Spaak ». Elle a déjà recueilli 49 signatures.
L’Ouvre-boîtes, novembre 2007

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